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Nouveauté, parution le 4 septembre 2012: "Le livre noir de l'emprise psycho-spirituelle"
Détournement de méninges.
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    Dr Serge Blisko : « On n’a pas encore de filière spécialisée dans l’irruption du fanatisme religieux »

Décision Santé. Comment aujourd’hui lutter contre la radicalisation islamique ? Quels sont les outils psychothérapiques ?

Serge Blisko*. La Miviludes est une Mission placée auprès du Premier ministre. Notre petite structure (15 personnes) nous permet d’organiser en priorité des formations sur l’emprise mentale. Les populations touchées par le phénomène sont très disparates. Entre le jeune adolescent qui souhaite se convertir à l’islam et rompre avec sa famille et un homme de 25-30 ans radicalisé en prison où la dimension de la violence appartient au projet, les enjeux de réinsertion relèvent d’approches différentes. Notre action est dirigée de manière privilégiée vers les plus jeunes ou les moins radicalisés. Une telle situation relève-t-elle d’un processus psycho-pathologique ? Oui sans nul doute, mais pas seulement. Ces jeunes sont animés par une révolte adolescente classique teintée ici d’une pulsion de mort particulière qu’on retrouve dans des conduites à risque. Cette situation s’inscrit dans un contexte géopolitique. Elle est par ailleurs facilitée par l’essor des vols low cost. En ce qui concerne les 1 200 personnes qui ont exprimé le désir de partir ou ont déjà quitté le territoire national, on travaille d’abord sur des critères de dangerosité.

D. S. Une fois le repérage réalisé, quelles sont les techniques dont vous disposez ?

S. B. Nous ne pouvons recourir ni à des médicaments ni à des techniques. En revanche notre expérience acquise au cours des dernières années sur l’emprise mentale nous conduit à souligner l’importance du maintien du lien à la fois social et familial et donc des parents et de la fratrie. La poursuite d’une scolarité lorsque cela s’avère possible doit être favorisée. Quant à la prise en charge psychothérapique, elle est certes souhaitable. Mais elle ne peut être imposée. Chaque cas en pratique est différent. Pour les familles, la présence d’un éducateur s’avère bénéfique. Elles doivent pouvoir également s’appuyer sur un psychologue, un pédopsychiatre dans le cadre d’une psychothérapie de soutien. Une petite minorité de ces jeunes décompense parfois selon un mode psychiatrique à l’occasion de ces évènements. La décompensation peut également se produire lorsqu’ils s’aperçoivent qu’ils ont été victimes d’une manipulation. C’est alors plutôt sur un mode dépressif.

D. S. En cas de refus d’une psychothérapie, l’avis d’un imam est-il une alternative ?

S. B. Sûrement pas, sauf si l’on disposait sur le territoire d’imams psychanalystes. Les jeunes éprouvent plutôt de la défiance à l’égard des responsables religieux. Les musulmans modérés sont les premières victimes, en dehors des chrétiens ou des juifs, en terre d’Islam, des mouvements djihadistes. Leur volonté est bien d’éradiquer tous ceux qui ne partagent pas leur vision. La question doit plutôt s’envisager comme une intervention chez des jeunes qui présentent des conduites à risque sur un terrain fragile, par exemple des familles parfois éclatées.

D. S. Des psychiatres se sont-ils spécialisés dans ce domaine ?

S. B. Oui mais leur nombre est insuffisant. Ce sont bien sûr les psychiatres publics qui sont sollicités et en priorité les pédopsychiatres. Mais les spécialistes en thérapie familiale ou en victimologie sont également concernés.

D. S. Avez-vous constitué un réseau ?

S. B. Il est en voie de constitution. J’ai demandé l’appui du ministère de la Santé. On repère dans chaque région les lieux et les personnes ressources. Ici, cela peut être une consultation de thérapie familiale, là des psychiatres cliniciens. On n’a pas encore de filière spécialisée dans l’irruption du fanatisme religieux. En Île-de-France, le centre Georges-Devereux, créé par Tobie Nathan, est un lieu de référence pour ce type de prise en charge. Mais cette sélection se heurte à de nombreux écueils. Comme éviter de « psychiatriser » des thématiques qui ne relèvent pas a priori de ce type de prise en charge. Il n’y a pas de consensus sur ce thème chez tous les professionnels. Rappelons-nous de la situation qui sévissait il y a quelques années en addictologie. À cette époque, un grand nombre de psychiatres ne souhaitaient pas s’y investir.

À l’étranger, tout le monde expérimente de la même manière. Il n’y a pas de modèle en kit qui serait immédiatement exportable. Au moins peut-on retenir la psychothérapie avec les groupes de parole. La parole circule sur le Net. Elle doit également s’échanger avec l’aide des spécialistes.

Au final, au-delà du conflit avec les parents, c’est l’avenir de ces jeunes qui doit nous préoccuper.

* président de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires).

source : decision.sante.com

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