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    La forêt amazonienne, nouveau Katmandou ?

De plus en plus de touristes occidentaux s’y précipitent pour boire une décoction à base d’ayahuasca, une plante aux effets hallucinogènes. Non sans risque.

A Mairiporã, petite ville sur les hauteurs de São Paulo (Brésil), « Maître Almir » a célébré le 14 septembre un mariage particulier. Il est le guide spirituel de l’« Union du Végétal », un mouvement religieux originaire de l’Amazonie brésilienne au cœur duquel l’ayahuasca, une liane à la base d’un thé aux effets psychoactifs puissants, occupe une place essentielle.

« Le Végétal, comme nous appelons le thé Hoasca, facilite notre concentration mentale, explique Maître Almir. Nous le considérons comme un Sacrement, bien plus qu’une substance hallucinogène. Il nous permet d’entrer en connexion avec le Divin. » Malgré les effets vomitifs de la plante, les jeunes mariés et autres fidèles de l’Union du Végétal se doivent de boire le thé sacré lors de la soirée de noces.

Traditionnellement utilisé dans les rites des populations indigènes d’Amazonie depuis plus de 4 000 ans, l’ayahuasca permet aux « chamanes » ou guérisseurs, également appelés maîtres, d’entrer en transe dans un but divinatoire ou à des fins thérapeutiques. Dans ces communautés religieuses, la consommation d’ayahuasca ne peut être considérée hors du cadre singulier d’un rituel. « Pour nous, le Végétal est un moyen, pas une fin en soi », ajoute Maître Almir.

« Propagateurs de la foi chamanique »

Pourtant depuis une vingtaine d’années, l’ayahuasca attire de plus en plus de touristes occidentaux curieux ou avides de nouvelles expériences hallucinogènes. L’été dernier, Philippe Courtot, étudiant en école de commerce, a fait le tour du Brésil avec une amie. Il était bien renseigné sur la liane et souhaitait tenter l’expérience. A Alter do Chao, en Amazonie brésilienne, les deux jeunes gens ont ainsi rencontré une guide spirituelle qui leur a enseigné les effets « visionnaires » de la plante, le régime alimentaire à suivre à base de légumes et de fruits, mais aussi le travail introspectif qu’ils devraient réaliser. L’expérience a fait vomir Philippe. Pourtant « ce n’était pas désagréable, plutôt purificateur », raconte-t-il, encore séduit par la béatitude dans laquelle il est entré : « Les couleurs étaient magnifiques, la musique incroyable. Puis, je me suis vu être un fœtus et grandir jusqu’à l’âge de 30 ans. Pour moi qui suis terre-à-terre, c’était une expérience très riche. Je me suis vidé émotionnellement et corporellement. J’ai compris pourquoi les Indiens considèrent l’ayahuasca comme une cure. » Avant de le quitter cependant, la chamane lui a remis sa carte de visite. Un geste commercial qui l’a troublé. « Le côté magique s’est un peu évanoui. »

Pourquoi un tel engouement pour l’ayahuasca ? « Les propagateurs de la foi chamanique ont joué un rôle essentiel dans la popularité de cette liane », nous explique l’anthropologue et ethnologue Jean-Loup Amselle, auteur de Psychotropiques, la fièvre de l’ayahuasca en forêt amazonienne (Albin Michel, 2013). Parmi eux, figurent des cinéastes comme le réalisateur français d’origine néerlandaise Jan Kounen, avec son film Blueberry, l’expérience secrète, et son documentaire D’autres mondes, sortis en 2004. Dans ce dernier, Kounen se met en scène et raconte comment les effets psychoactifs de la plante lui ont permis d’acquérir une meilleure connaissance de lui-même. L’ayahuasca est également apparu dans la littérature. Ainsi, l’anthropologue Jérémy Narby voit même, dans son livre Le serpent cosmique (Georg Editeur, 1997) « des similarités entre la structure de l’ADN et celle de l’anaconda, vision récurrente lors de la prise d’ayahuasca »...

Ces textes ont nourri l’imaginaire de touristes occidentaux qui considèrent l’Amazonie comme une terre encore sauvage où l’on peut se purifier. Comme Katmandou était le lieu de pèlerinage des premiers hippies à l’aube des années 1970, la forêt amazonienne devient le point de chute des voyageurs en quête d’une certaine spiritualité. Avec l’ayahuasca pour ingrédient privilégié.

Un tourisme important au Pérou

Aujourd’hui, la liane contribue au développement d’un tourisme occidental de masse dans certaines régions sud-américaines. Le phénomène est particulièrement net en Amazonie péruvienne « où une véritable filière économique s’est créée en quelques années », relève Jean-Loup Amselle. Là-bas, pas de traitement personnalisé, mais des campements qui se multiplient dans la jungle, à proximité de villes comme Iquitos et Pucallpa. Les prix varient de 50 à 150 euros la cérémonie, les réservations se font en ligne ou par téléphone.

Sur le site Internet du centre Anaconda Cosmica (www.anacondacosmica.net), créé par Guillermo Arevalo, des séjours pouvant durer jusqu’à plusieurs mois sont proposés. Outre la prise d’ayahuasca, ils incluent la nourriture, la lessive, la connexion Wi-Fi, des massages… Le campement, sur l’île d’Iquitos, est entouré de gardes. « Dans ces lieux, la faune et la flore amazonienne sont mises en scène, mais la proximité avec les villes permet aux touristes de bénéficier d’un confort et d’une sécurité qui les rassurent », estime M. Amselle. Les guides touristiques, hôteliers et chauffeurs de mototaxis jouent les « rabatteurs » pour le compte des chamanes. Y compris de chamanes étrangers, qui ont fondé leur entreprise pour profiter de ce marché en essor. « Beaucoup de touristes sont à la recherche d’un guide spirituel parlant leur langue », analyse M. Amselle.

« Des amis avec qui je voyageais au Pérou ont eu l’idée de m’offrir un rituel chamanique pour mes 25 ans », témoigne Caroline, qui tient à garder l’anonymat, en échange universitaire à Lima. C’est son guide touristique qui lui donne le contact du« meilleur chamane d’Amazonie ». Caroline n’est pas vraiment avertie des effets de l’ayahuasca, « mais c’est aussi cela qui m’a poussée à en prendre », confie-t-elle. Ils sont dix-huit dans un centre d’Iquitos ce jour-là, assis en ronde, à goûter au breuvage. La première prise s’avère décevante : « Aucune hallucination, rien. » Ils essaient à nouveau le lendemain : « Cette fois, le chamane a entonné des chants psychédéliques en nous tapant sur la tête. Puis j’ai commencé à vomir. C’était horrible ! ». Le lendemain, elle se sent encore mal. « J’ai de sérieux doutes sur le chamane que l’on nous a recommandé », dit-elle à présent.

L’ayahuasca en Europe

Depuis peu, l’ayahuasca s’exporte en Europe, en particulier en Espagne, au Portugal, aux Pays-Bas et en Belgique. En 2005, la liane a été classée en France au registre des stupéfiants par les autorités sanitaires françaises. Les fidèles de mouvements religieux comme le Santo Daime ou l’Union du Végétal résidant en France se rendent alors dans les pays voisins comme la Suisse, où sa consommation reste légale.

Ana Maria Peirera, d’origine brésilienne et installée à Lyon depuis mars 2011, va ainsi une fois par mois à Genève retrouver les membres de l’Union du Végétal. « De la même manière qu’au Brésil et aux États-Unis, où l’UDV est une société religieuse reconnue, nous avons nos rituels et nos activités sociales », explique Ana. Aux cérémonies se retrouvent des Brésiliens, venus d’un peu partout en Europe, mais aussi des Suisses, des Allemands, des Italiens et des Français. « Notre religion progresse lentement mais sûrement en Europe », ajoute Ana, confiante que l’ayahuasca sera bientôt légalisée en France. Ce n’est pas gagné. « L’usage au titre d’objet de culte ne remet pas en question l’interdiction de sa consommation », affirme l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé.

source : 04 novembre 2013

http://mondeacinter.blog.lemonde.fr/2013/11/04/la-foret-amazonienne-nouveau-katmandou/

par Julia Mourri (Monde Académie)

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